Nacht und Nebel

Publié le par Killian




NUIT ET BROUILLARD
Paroles et musiques de Jean Ferrat (1963)


Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent
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Publié dans Made in pas Killian

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M
Vous qui vivez en toute quiétude<br /> Bien au chaud dans vos maisons<br /> Vous qui trouvez le soir en rentrant<br /> La table mise et des visages amis<br /> Considérez si c’est un homme<br /> Que celui qui peine dans la boue,<br /> Qui ne connaît pas de repos,<br /> Qui se bat pour un guignon de pain,<br /> Qui meurt pour un oui pour un non.<br /> Considérer si c’est une femme<br /> Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux<br /> Et jusqu’à la force de se souvenir<br /> Les yeux vides et le sein froid <br /> Comme une grenouille en hiver<br /> N’oubliez pas que cela fut<br /> Non, ne l’oubliez pas :<br /> Gravez ces mots dans votre cœur.<br /> Pensez-y chez vous, dans la rue,<br /> En vous couchant, en vous levant,<br /> Répétez-le à vos enfants.<br /> Ou que votre maison s’écroule,<br /> Que la maladie vous accable,<br /> Que vos enfants se détournent de vous.<br /> <br /> Primo Levi
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